Le blizzard s’en retourne, et le renouveau de l’Homme, enfant de la Création, et qui crée d’autres existences, approche. Lucas en fut un témoin.
L’arbre des générations plantait ses racines en Galilée, d’un bois auquel le parent premier avait donné vie. Il était charpentier et travaillait l’olivier, répandu en cette région propice aux renouveaux. L’olivier ne se répandit pas dans le monde entier, mais l’amour de l’aïeul, si. De cet amour de l’amour et de la paix naquirent plusieurs peuples. Lucas en faisait partie, comme son nom l’attestait. Car l’Homme aime personnaliser le fruit de ses amours, chaque branche de l’arbre originel possédant le sien propre. Pour se rappeler de quel tronc elle venait, et peut-être pour en oublier les racines.
Des siècles plus tard, la branche de l’olivier nommé Christ donna au monde de doux fruits. Des fruits verts, mais mûrs et nourrissants, dont la chair nourrissait les jeunes rameaux en croissance. Le jumeau de Lucas, né Vivien, donna au monde la formule de l’amour universel.
C’était le début du renouveau.
Lucas fut un homme simple. Il avait un père, une mère, dès sœurs, des frères, mais pas d’enfants. C’était pour lui une grande souffrance. rameaux après rameaux, des parents aux enfants, les fruits de l’amour et de la paix se transmettaient patiemment. Par la pomme de la connaissance. Du monde. De soi.
26 juin :
« Quels sont tes derniers résultats, Lucas ?
- La température continue d’augmenter.
- Ca recoupe les derniers rapports que j’ai lus. Je crois que c foutu.
- Je ne sais pas…
- vide-toi la tête ! Tu verras, tout sera plus clair après. »
Hier, j’ai fait le choix de suivre le conseil de Justin. J’ai choisi de chasser. A peine avais-je atteint ma cible qu’une douleur insupportable me pris à la hanche, qui me fit transpirer et me brûla tout le côté droit, de la hanche jusqu’au cœur. J’aurais du rentrer immédiatement à la station pour m’examiner. Au lieu de quoi mon corps me porta, par je ne sais quelle ressource, jusqu’à l’oiseau blessé.
Dans sa couverture thermique, Lucas rêva. En émergeant, il n’avait qu’un vague souvenir de ses songes. Pourtant, des liens lui semblaient évidents, une chaîne d’impressions et de sentiments qui semblaient vouloir lui parler. D’une chose cruciale.
Mais il n’avait pas le temps de s’y attarder. Il travailla d’arrache-pied des heures durant, s’interrogeant par moment sur l’utilité de sa tâche. Il avait toujours aimé la Nature, mais il savait aussi que les relevés quotidiens des chercheurs n’obtenaient comme réponse des Etats que des lettres mortes. La seule solution, radicale, aurait été de faire une révolution, à l’échelle planétaire, car à une surdité si puissante, seule la voix de l’Homme pouvait se faire entendre. Mais cette id ne le satisfaisait plus vraiment, il n’aurait su dire pourquoi…
Une douleur l’engourdissait de la hanche jusqu’au cœur. Il l’assujetti à sa nuit agitée, ses rêves sans doute. Peut-être un cauchemar. Au bout de quelques minutes, il n’y pensait déjà plus. Le travail et la rigueur devaient primer sur les petits maux passagers ; c’est ce qu’aurait dit Justin.
« J’ai mal, Justin. Ça fait deux semaines que la douleur s’amplifie… au début c’était diffus mais maintenant mon cœur me fait souffrir nuits et jours… et j’ai chaud…
- Putain, déconne pas avec ça ! je sais bien que tu es jeune pour avoir une attaque, mais on en a vu partir de plus jeunes encore !
- … je ne crois pas que ce soit une attaque… un drapeau blanc peut-être, un appel à la paix… je ne sais pas.
- Bon, Ok. Tu vas être remplacé, j’en parlerai à Pichon tout à l’heure, on va arranger ça…
- Tu sais, je fais des rêves magnifiques en ce moment. Et je crois que ma douleur y est pour quelque chose. Comment t’expliquer… je vois la banquise se changer en mers, en lacs, puis en sources où vient s’abreuver la Création tout entière…. Et si… si en fait c’était maintenant la fin du déluge. Mais la fin d’un déluge de haines, de guerres stériles, de tous ces malheurs…
- … merde… Lucas… du débloques vraiment. J’envoie une équipe te rapatrier dès que les conditions le permettront. On ne t’abandonnera pas !
- Je vais bien Justin. La chaleur dont je t’ai parlé… je crois que c’est le signe de l’avènement d’une nouvelle ère : c’est la chaleur de tous les cœurs qui s’ouvrent à la compassion, à l’amour, à la joie…. Tu comprends ? Et toutes ces rayons de paix convergent aux pôles du monde. Et c’est justement ici que je me trouve, que se trouve la station…
- Bien sûr qu’elle s’y trouve ! CA DEVAIT ETRE SA PLACE ! Tu sais comme moi l’origine du projet, on était tous d’accord, toi aussi, mais pour des raisons scientifiques ! tu dérailles complètement là ! ressaisis-toi !
- Pourquoi moi ?
- Quoi, pourquoi toi ?
- … je ne suis pas le premier à venir faire des recherches ici… mais pourtant je crois que je suis le seul qui comprenne ce qui arrive… l’amour…la compassion… mais pourquoi moi ? Je suis un type ordinaire… pas un prophète !
- Prophète je sais pas , mais pour ce qui est de faire la fête, là t’étais un pro si je me rappelle bien ! allez… mon ami… reviens sur la Terre…
- Mais tu ne comprends pas ! même à 10000 km des gens, jamais je ne me suis senti si proche d’eux ! La nuit je revoie… ma famille mes amis des inconnus le buraliste de mon quartier la vendeuse de gaufres ! et je les comprends tous ! JE LES AIME TOUS ! Nous sommes tous liés… nous ne formons tous qu’une seule et même entité… tu comprends maintenant !!?
- …
- Martin… tu comprends ?
- Mar…? … Je ne sais pas quoi te dire… Prends soin de toi. On arrive. »
23 juillet 2012 : à minuit une, heure du pôle, on retrouva le jeune chercheur répondant au nom de Lucas. Il était étendu dans la neige éternelle, un sourire calme éclairait son visage. Très étrangement, on retrouva aussi un œuf d’albatros sur son poitrail. Il avait du vouloir briser sa coquille. Au pôle, en quête, peut-être, d’une métamorphose. L’équipe de Justin en prit bien soin. L’autopsie révéla plus tard, autre fait curieux, que le chercheur était mort dans la journée du 14, jour de l’indépendance française.
Je ne chasse plus la Vie, plus maintenant. Car j’ai appris à aimer la Liberté.